Vendredi 10 AVRIL. Première corrida de la Feria de Pâques. Ciel panaché, avec léger vent et température se rafraîchissant progressivement (éclairage allumé au 3e toro). Quasi-plein.
6 toros de Domingo HERNÁNDEZ (12 recontres à la cavalerie ; 1er et 3e applaudis à l’arrastre ; silence au 5e ; division au 4e, sifflets au 2e ; tour de piste posthume au 6e, « Tatuador », n°96, castaño claro bragado, 540 kg, né en janvier 2005), correctement présentés en termes de morphologies (plus petits les deux premiers) et discrètement armés, inégaux en bravoure (3e, 5e et 6e s’investissant plus sous le fer ; 4e, manso con casta, puissant et violent contre le groupe équestre), maniables en général (les meilleurs pour le toreo furent les 1er et 6e, ce dernier excellent à la muleta), pour Juan BAUTISTA (blanc & or) : deux oreilles, une oreille après un avis et ovation, Sébastien CASTELLA (fuchsia & or) : un avis avec silence, une oreille, deux oreilles après deux avis.
Juan Bautista en blanc et or, le premier, pénétra dans la lice familière. C’est dans la tête que tout se joue. L’Arlésien voulut tout de suite signifier son pouvoir en occupant l’espace en maître.
En fuschia et or, Sébastien Castella, lui, choisit le facteur temporel pour exercer sa maîtrise, ce qu’il annonça symboliquement en différant son entrée. Chacun son domaine.
Une poignée de mains, donnée comme l’on tope, à l’initiative de l’Arlésien, conclut l’affaire afin qu’elle commence.
Trois à trois en sera le verdict final, score de parité, il faudra donc y revenir d’autres fois. Même si nos deux champions n’étaient pas tout à fait au sommet de leur forme, ils ont quand même confirmé la spécificité de leur talent.
j'étais pas à cette corrida mais selon de nombreux avis :
- les 2 oreilles données à Juan Batista au premier toro ont été généreuses.
- les toros avient des armures bien commodes (vu le cartel, on s'en serait douté !!!)
- corrida torerista par excellence qui ma foi a régalé l' assistance
Dimanche 12 AVRIL. Deuxième corrida de la Feria de Pâques.
Temps frais et pluvieux, les précipitations s’atténuant par la suite (éclairage allumé dès le paseo). 4/5 entrée.
6 toros de MIURA (16 recontres à la cavalerie ; tous applaudis à l’arrastre, excepté le 3e, qui a été ovationné), très sérieux de morphologies et très variés de robes (5e et 6e avec le fer en bas de la cuisse ; les quatre premiers sur le haut de la cuisse), inégalement armés (1er et 2e astigordos et discrets d’armures ; 4e avec le piton gauche explosé ; 5e et 6e plus sérieux de têtes), braves en général (excepté le 3e) et inégaux en forces, donnant un jeu varié (les meilleurs pour le toreo furent les 2e et 5e, les autres s’avérèrent mobiles avant de se réserver progressivement), pour Juan José PADILLA (grenat & or) : ovation et deux oreilles, Rafael Rubio « RAFAELILLO » (bleu nuit & or) : ovation après deux avis avec légère division d’opinions et ovation après un avis, Julien LESCARRET (noir Carpe diem & or) : une oreille et deux avis avec silence.
Présidence : M. Serge Louis, assisté de MM. Bosc et Garcin. Durée de la course : 2h43.
- Le paseo a été retardé de 30 minutes afin de remettre la piste en état suite aux précipitations des dernières 48 heures. - Juan José Padilla a dédié le 1er toro au Ciel. - Le 2e toro a été estoqué après 15 minutes de faena. - Le banderillero José Mora (vermillon & noir) a salué (5e). - Julien Lescarret a offert la faena du 6e toro à son valet d’épées. - Juan José Padilla est sorti en triomphe par le Grand escalier des arènes d’Arles. Ch. Chay
Ce cartel était surprenant. PADILLA er RAFAELILLO sont des intimes des Miura, mais JULIEN LESCARRET les découvrait et de plus dans une grande Féria. On le sait, la fiesta brava est faite de dépassements et de prouesses. Ceci est tellement vrai que l’on finit par s’y habituer et ne plus le voir. Un jeune homme qui ne torée pas beaucoup, d’un gabarit modeste qui accepte ce gente de situation, après tout pourquoi pas ? Notre époque est particulière. Le foisonnement d’informations crée un chevauchement des contenus qui perdent progressivement leur spécificité. Alors, que l’on se trouve devant un Miura ou devant un micro pour déblatérer trois minutes de niaiseries sur une musiquette neurasthénique, n’apparaît la différence qu’au moment de recevoir la Légion d’Honneur : devinez qui en est l’heureux bénéficiaire…
D’un côté, le Miura, costaud, impénétrable, aux aguets. De l’autre, Julien, le visage blême et qui paraît revenir d’un séjour chez les Jivaros. A chaque passage, le torero recule une jambe, le corps tassé en avant, puis sur un derechazo pris plein tissu plus que donné, survient un fragile et éphémère accord, aussitôt réitéré. Tout vient de basculer. Le maestro, d’un seul coup, rosit, se dilate, retrouve ses jambes et en profite pour courir loin du toro afin de mieux le convoquer. La course du fauve est longue, s’achevant dans l’arc de cercle écarlate tracé par la muleta. Julien se permet, et pourquoi pas, un redondo inversé. Gagné par l’euphorie, il se retrouve au sol. Le Miura rappelle qui il est. Sans la vivacité du jeune homme, la situation aurait pu être dramatique. La faena se poursuit en chaleco jusqu’à la suerte de matar. Un pinchazo, puis une entière portée presque au ralenti, libère une formidable acclamation. Le torero éclate en sanglots au centre du ruedo. Une oreille inespérée lui est accordée. Le sourire ne réapparaîtra qu’à la moitié de la vuelta, finissant par se frayer un chemin parmi les tensions et les peurs réprimées que le corps emprisonne. L’exploit n’a pu être renouvelé avec son second adversaire. Malgré une confiance accrue et beaucoup de bonnes intentions, Lescarret a eu du mal à conserver le sitio et fut laborieux à la conclusion. Peu importe, le contrat était rempli.
El ciclón de Jerez fut égal à lui-même. Nombreux sont ses inconditionnels. Sensible à l’ovation dont il fut l’objet dès sa sortie du tunnel, Padilla qui n’est pas un ingrat remercia le public par un envoi de baisers sans rien perdre de sa virilité torera. Le ton était donné, l’idylle avec Arles pouvait se poursuivre et la larga cambiada qui aspira 680 kg de Miura consacra cette union. Durant la faena, le toro n’ouvrit pas la bouche et Padilla ne ferma pas la sienne. Que l’on ne cherche pas dans ces propos l’ombre d’une désobligeance. Ce maestro, capable de mettre dans la même muleta un Miura et plus de 10000 personnes, mérite le respect. Juan José Padilla est un phénomène d’énergie au point d’en transmettre l’excédent à ses adversaires à cornes lorsque celle-ci leur fait défaut. Il est capable également entre deux séries fébriles de distiller un temple inattendu. C’est ce qu’il fit. Seulement un salut au tiers, à l’issue de sa première prestation mal conclue avec l’épée. Avec son second toro le cyclone andalou, la coleta défrisée par l’oreille obtenue par le « petit Français », devait s’obliger à démontrer qu’il était le plus grand. Pour cela, il s’amenuisa et débuta sa faena à genoux pour servir une longue série. Reposé sur ses pieds, lors de ses premières naturelles, il fut dangereusement bousculé. Le public manifesta sa peur et lui son hilarité. Peu rancunier, il se colla à son Miura pour quelques tours de valse, avec pour épilogue un baiser (encore un !) transmis du bout des doigts jusqu’au frontal du fauve. L’affectueux maestro signa une faena inégale et généreuse, terminée par une estocade profonde et foudroyante. Le cirque en liesse exigea deux oreilles, le palco s’exécuta. Et Rafaelillo ? Seulement un salut à l’issue de chacune de ses prestations. Et pourtant, engagement, courage, sincérité, technique, professionnalisme, tous ces termes et d’autres encore peuvent être utilisés pour rendre compte de ses combats. L’estocade lui enleva le bénéfice de ses efforts et c’est fort dommage. Rafaelillo construisit réellement ses faenas, ignorant volontairement devant quels adversaires il se trouvait. Sa traversée du ruedo à l’issue de la course fut ovationnée et c’était bien la moindre des choses.
Un lot de MIURA impressionnant comme souvent.
680, 620, 620, 640, 670, 650 kg parfaitement homogènes en poids.
Par contre, je sais pas si les pensionnaires de ZAHARICHE étaient allés avant de monter vers Arles faire un birol chez le barbier de Sevilla, ou si les sécateurs arlésiens n'avaient pas assez servi pour les vendanges mais j'ai trouvé les bichos bien proprets, bien rasés (cornes bien diminuées). On dira qu'ils les ont abimées au campo... pourtant ceux que j'ai vu du coté de Lora del Rio, pas loin de La Campana, chez Don Eduardo et Don Antonio, il y a quelques mois étaient "astifinos"...
Côté toreros,
Padilla a fait ... du Padilla. Il embrasse la foule, sourit à pleines dents, crie après chaque passe, torée le public mais il est généreux, c'est une bête de scène. Le torero de Jerez ne se croise pas, torée souvent de profil. Le toro passe assez loin, ..., même plus. Pour moi les deux oreilles données à son 2° ne sont pas méritées malgré son estocade.
Rafaelillo, courageux, sincère, technique ne triche pas. C'est des 3 et de loin le meilleur torero, mais, ..., il tue mal. Qué lástima !
Le petit JULIEN LESCARRET manque incontestablement d'expérience. Il est bouffé par ses 2 toros, mais il est courageux. Ne réussit pas à trouver le sitio, recule, pert du terrain, frise la correctionnelle, mais il a bien tué (au 2° coup de lame). Il est récompensé par une oreille mais le pubic alésien qui se prétend très connaisseur, comment peut -il demandé un cartilage alors que le torero a été dominé durant tout le combat ?
Lundi 13 AVRIL.Troisième corrida de la Feria de Pâques (rejoneo). Matin.
Temps ensoleillé et venteux. Plein apparent.
6 toros de Fermín BOHÓRQUEZ (tous applaudis à l’arrastre), aux morphologies équilibrées (plus petits les trois premiers exemplaires, les trois suivants mieux faits), limités de forces, très inégaux dans leurs charges mais maniables (le moins propice au succès fut le 1er), pour Fermín BOHÓRQUEZ (en chaleco bleu de Prusse) : applaudissements et une oreille, Pablo HERMOSO DE MENDOZA (en chaleco bleu roi) : deux oreilles et deux oreilles, Diego VENTURA (en chaleco velours tabac avec revers châtaigne) : une oreille et deux oreilles et la queue.
Présidence : M. Bernard Para, assisté de mesdames Chèze et Gueyraud. Durée de la course : 2h19.
- Le mayoral de l’élevage, Luis Salgueiro, a salué en piste lors du tour de piste d’honneur de Hermoso de Mendoza et Ventura. - Pablo Hermoso de Mendoza et Diego Ventura sont sortis en triomphe par le Grand escalier des arènes d’Arles.
J'y étais pas et j'y connais rien ! Par contre j'ai vu devant les arènes les chevaux des rejoneadores... MAGNIFIQUES
Lundi 13 AVRIL. Quatrième et dernière corrida de la Feria de Pâques. Après-midi. Temps enfin splendide. ¾ entrée.
6 toros de Victorino MARTÍN (12 recontres à la cavalerie ; tous applaudis à l’arrastre, excepté le 2e, qui a reçu une division d’opinions ; 4e, ovationné), bien présentés et finement armés (plus sérieux de morphologies les trois derniers exemplaires), inégaux en bravoure et en tempéraments (les plus braves et francs dans leurs charges contre les groupes équestres furent les 2e, 3e et 6e), donnant un jeu fort inégal (les meilleurs pour le toreo furent les 4e et 6e exemplaires, qui baissèrent idéalement la tête dans la muleta ; 3e, maniable tout en restant attentif ; 5e, maniable uniquement à droite ; 1er et 2e, plus courts de charges et tobilleros), pour Antonio FERRERA (sang & or) : ovation et une oreille, Manuel Jesús Cid « EL CID » (bleu nuit & or) : silence et silence, Mehdi SAVALLI (bleu roi & or souligné de noir) : applaudissements après un avis et deux oreilles.
Présidence : M. Jacky Boyer, assisté de MM. Mas et Varbédian. Durée de la course : 2h18.
- Mehdi Savalli a dédié le 6e toro à son père, Enzo Savalli. - Mehdi Savalli est sorti en triomphe par le Grand escalier des arènes d’Arles. Ch. Chay
« On ne peut pas contenter tout le monde et son père. » Sans doute connaissez-vous ce proverbe qui nous vient de la sagesse populaire et qui a cheminé, traversant les temps jusqu’à ce jour, ce lundi de clôture de la Féria pascale arlésienne 2009, pour se trouver infirmé par Mehdi SAVALLI. Le torero arlésien, après avoir offert son second Victorino, le dernier de la course à son père, s’est permis de désoreiller intégralement son adversaire à l’issue de son combat, à la grande satisfaction de l’assemblée qui occupait presque entièrement les Arènes et bien sûr à celle de papa Enzo. Jusqu’alors, formulée ou non, l’interrogation à propos du torero du cru était la même pour tous. Ses proches annonçaient que le Savalli nouveau était arrivé, qu’en était-il vraiment ? Dès le paseo, on avait bien remarqué le flambant neuf costume de lumière bleu France et or. L’intention se précisait. Cependant, l’habit ne fait pas le torero, comme le dirait encore cette même sagesse populaire, en fait fort diserte. Il fallait quand même voir plus précisément, et justement les représentants du sorcier de Galapagar pouvaient nous y aider plus objectivement. A propos de sorcier, au sens étymologique de « sourcier » cela s’entend, une autre interrogation sur fond de saine curiosité concernait Denis Loré et son pouvoir de démiurge. A ces questions, une forme de réponse, du moins celle du jour, est à prendre pour argent comptant et même pour argent content. Mehdi a quitté le ruedo sans l’effleurer des zapatillas, à cheval sur de robustes épaules, entre ciel et terre comme dans un rêve. Le sien. Intime. Celui qui a dû occuper l’écran de ses nuits dernières avec tant de force qu’il est devenu réalité. Peut-être, après tout, que pour unir dans une même dynamique de contentement tout le monde, le paternel y compris, il suffit de le rêver et puis de ne plus en douter.
Tout cela est fort bien, peuvent penser certains, mais techniquement, mais les toros, mais l’estocade… Autant de faits qui n’échappent pas au regard d’aigle des aficionados patentés et même pas tentés du tout. Et qui n’ont pas forcément tort par ailleurs. Mais la tauromachie est avant tout faite d’une suite de séquences qui montrent avec un effet de loupe l’aventure humaine. Et ce qui a eu lieu ce lundi de Pâques en est un plaisant exemple.
Quelques mots quand même à propos de ce qui s’est passé par ailleurs. D’abord les toros. Irréguliers de comportement, du très difficile au maniable, ce lot de Victorino n’était pas particulièrement représentatif de la célèbre ganadería. Antonio FERRERA a alterné, comme à son habitude, le bon et le moins bon. Des muletazos longuement étirés, compas ouvert, lors de quelques séries, ont emballé le public. Mais d’autre part, des poses de banderilles la moitié du toro passé, même agrémentées d’un bondissement, ne parvinrent pas à donner le change. Tout comme ses faenas, au cours desquelles la distance entre le corps du toro et le sien aurait pu contenir tout le répertoire d’Yvette Horner. L’oreille coupée sur son second toro, si elle n’est pas scandaleuse, le bouillant Antonio possédant quand même de réelles capacités, ne témoigne pas pour autant de l’actualisation du potentiel de son Victorino. Bronca pour El CID. Le maestro vedette de la tarde, très malchanceux au sorteo, a néanmoins frustré une partie du public qui ne voit pas toujours les limites de la toréabilité du bétail. Son premier était un féru d’anatomie humaine et aurait volontiers participé à une dissection. Si le Cid fit quelques efforts sur son second, il est certain qu’à Madrid ou à Séville, l’indéniable spécialiste des Victorino serait allé au-delà. La saison commence et en hypothéquer la suite en prenant des risques n’a pas fait l’objet du choix de ce grand torero. Nul doute que nous le reverrons pour la Féria de Septembre sous son vrai jour. Le rendez-vous est pris.
Petits toros gris (foncés) du sorcier de Galapagar ; bien présentés (cornus)
Ferrera à moins faim qu'il y a une paire d'années et ça se voit. Les banderilles (lui qui était un grand spécialiste), sont posées casi toutes (lorsqu'il peut les mettre) à cornes passées. A la muleta, il est plié en 2 et le toro passe à 1 mètre (voir Meca). Par contre, il vocifère. Il a toréée souvent avec Padilla et a pris tous ses défauts...
Le Cid est tombé sur le mauvais lot (son premier voulait le transperser essentiellement sur la corne gauche). Son 2° plus comode n'était pas quand même un bonbon. Il aurait pu, faire mieux avec plus d'envie !!! La bronca à son premier n'était pas justifiée.
Mehdi, il m'a plu. Il a été courageux, a fait un beau travail au capote, a posé de belles paires de banderilles. Je suis content pour lui et pour Denis Loré qui l'apodère. Il a je trouve progressé à la muleta et a parfois bien baissé la main gauche. L'etocade (un peu caída) a été efficace. 2 oreilles méritées (en comparaison à celle attribuée à son compagnon de cartel.